Sommaire des dossiers
EUTHANASIE et RÉSURRECTION
 
DOSSIER EUTHANASIE :

Euthanasie et Resurrection

"LES MOURANTS NOUS DEMANDENT L'ESPÉRANCE"
Remarques d'un chirurgien

"J'ai accompagné mon mari..." (maladie d'ALZEIMER)
Denise LALLICH (entretien avec Denis SOLIGNAC dans LA FRANCE CATHOLIQUE du 11 septembre 1998 )

Accompagnateurs bénévoles en soins palliatifs, ASP.
René BERBEZY : "ce qu'ils ont fait pour mon épouse"
(publié dans LA FRANCE CATHOLIQUE du 11 septembre 1998 )

"Dans un service d'hôpital, le traitement de la douleur et l'aide au mourant"
Docteur NATALI : les soins palliatifs dans un service de pneumatologie
(publié dans LA FRANCE CATHOLIQUE du 11 septembre 1998 )

La mort est violence
par le Dr J.-F. Roche

Ethique et euthanasie
par le Dr J.-F. Roche

Refuser L'euthanasie active légalisée
par un médecin de Belgique

"Mettre fin à une vie ne pourra jamais être une pratique comme une autre"
Par le Professeur Lucien Israël, de l’Institut.

Ces derniers moments si précieux...
Par J-P DEWINTER ,médecin

L'euthanasie, l'impossible loi
Bernard Debré

Euthanasie au Quebec
Professeur François Primeau


L'euthanasie consiste à donner volontairement la mort à un malade ou à une personne âgée . Elle se pratique dans certaines cliniques ou services hospitaliers sans que les malades le sachent, avec des produits pharmaceutiques usuels mais à des doses ou en des associations toxiques qui sont calculés pour provoquer la mort. Il s'agit donc d'homicides décidés, intentionnels. Il ne s'agit donc pas de soulager des souffrances - d'autres traitements et d'autres soins sont possibles et même nécessaires pour cela.

Pourquoi en est-on arrivé là ? C'est peut-être justement la peur devant la mort qui conduit le plus à la programmer. Il arrive malheureusement de plus en plus fréquemment que des médecins, des infirmières décident ainsi la mort des malades qui leur sont confiés et leur donnent ces « cocktails » mortels.

L'angoisse que provoque chez ces médecins et infirmières la proximité de la mort est-elle une excuse qui justifie cet homicide? Le désarroi des proches et leurs pressions confuses justifient-ils un arrêt de mort prononcé sans paroles, dans l'équivoque et au mépris des droits ultimes de l'homme ?

L'excuse généralement donnée est qu'il s'agit « d'abréger les souffrances » de la personne, laquelle, dans l'immense majorité des cas, n'est pas consultée. Or la différence est radicale entre le soulagement de la souffrance, domaine qui a fait de grands progrès, et donner à la même personne une drogue mortelle. Il est scandaleux que plutôt d'avoir recours à ces traitements de progrès contre la douleur et à l'accompagnement de la personne, on supprime le problème en supprimant le malade. N'a-t-on pas reproché, à juste titre, à Hitler et aux nazis, de se débarrasser des incurables d'une façon analogue ?

On allègue également l'accord de la famille - impossible à réaliser en droit : on voit mal en effet réunir un conseil de famille pour décider la mort de la personne que ce conseil est supposé protéger. Il y a par contre, dans la pratique, des membres de la famille hélas désireux de se débarrasser du malade. Ont-ils le droit :

  1. de parler au nom des autres,
  2. de donner à un médecin un ordre de mort?

Il est évident que - fut-ce sous l'étiquette d'euthanasie - faire passer de vie à trépas une personne pour ne plus s'en occuper comme pour avoir plus vite son héritage, se remarier ou «être tranquille» est un crime. L'équipe médicale doit-elle s'enfoncer avec des proches dans l'horreur d'une décision mortelle ou aider ceux-ci à accompagner dignement et avec le plus d'attention possible le mourant ? Comme l'a très bien dit le docteur Roche, dans une conférence du 7 février 1998, sur l'euthanasie organisée par des protestants :

"LA MORT EST VIOLENCE" par le Dr J.-F. Roche
et
"ÉTHIQUE ET EUTHANASIE " par le Dr J.-F. Roche

« L'immense majorité des demandes d'euthanasie ne sont pas renouvelées si les traitements antalgiques sont bien adaptés, si le malade se sent écouté et considéré comme au centre du processus de soins, comme son véritable inspirateur. »

On voit facilement où pourrait nous conduire la possibilité pour un ou plusieurs membres d'une famille de faire avancer le jour de l'héritage en habillant le crime - exécuté par d'autres - de l'étiquette « euthanasie ».

Mais il est vrai que souvent c'est le personnel médical ou infirmier qui fait pression sur la famille, l'entourage du malade, pour laisser entendre que la meilleure solution c'est le breuvage qui fait mourir. Quelle est alors la responsabilité véritable de parents déjà déstabilisés par la maladie des leurs, s'ils entendent suggérer par « la Médecine » que la seule solution c'est de mourir rapidement et en silence?

Dans ma famille, nous avons été confrontés récemment à ce type de décision homicide par le personnel d'une clinique qui avait décidé de donner la mort à un de mes beaux-frères gravement malade, lui-même médecin. Une personne de la famille, visitant le malade, a entendu la prescription donnée par le médecin anesthésiste à l'infirmière. De formation médicale, cette personne a été surprise, ne connaissant rien d'approchant dans les médications. Après information auprès de médecins extérieurs, il s'agissait d'un mélange entraînant la mort en quelques heures. Aussitôt une des filles du malade, pharmacienne, est intervenue auprès de l'infirmière. Celle-ci a nié que la prescription comportât un danger. Or cette fille du malade, diplômée en pharmacie, avait les connaissances et l'autorité suffisantes pour dénoncer le mensonge et s'opposer à l'acte mortel. Par la suite, le médecin anesthésiste et l'infirmière, pour se justifier, ont voulu transformer leur prescription en une manière de consulter la famille : en entendant cette prescription faite devant lui, le membre de la famille aurait acquiescé par son silence à la décision de programmer la mort.

Dans cette famille-là, il y avait 5 médecins, un pharmacien et 2 infirmières.

Comment les choses se passent-elles quand, dans l'entourage du malade, personne n'a ni la science ni l'autorité pour faire face à la pression du corps médical, de l'équipe soignante?

Où est l'humanité?

Le ministre français de la Santé, Bernard Kouchner, lui-même médecin, a déclaré que l'euthanasie « témoigne de beaucoup d'humanité ».

Où est l'humanité? Un médecin chargé de soigner un malade lui donne une prescription mortelle? « Humanité » nous dit M. Kouchner. Une infirmière décide de la vie et de la mort des malades qui lui sont confiés? « Humanité » estime M. Kouchner.

Espérons pour M. Kouchner, s'il se trouve hospitalisé un jour dans un de ces services, que médecins et infirmières ne lui fassent pas le coup de « l'humanité »!

Que faire pour les malades qui souffrent en fin de vie?

Le professeur Glorion , président national de l'ordre des médecins, rappelle dans une déclaration « les progrès faits dans l'accompagnement des personnes en fin de vie, le développement des soins palliatifs et le respect de la déontologie ».

Monseigneur de Berranger, évêque catholique de Saint-Denis, en France, a déclaré le 21 septembre 1998 [*] « Tout doit être entrepris pour apaiser la souffrance, et pas seulement à haute dose de médicaments. Les soins palliatifs doivent être encouragés, les personnes en fin de vie ont grand besoin d'être entourées... La mort est aujourd'hui devenue taboue... Où sont passés la famille, les amis ? »

Le docteur K.T. SEVERSON, cité par le Docteur Roche, a remarqué que « les études cliniques aux Etats-Unis accréditent l'idée que la pensée du suicide assisté chez les malades en fin de vie est liée à une douleur mal calmée, la perte de contrôle, la dépendance, la perte de dignité. » Et il rapporte quatre cas : « une femme de 30 ans, un homme de 50 ans, une femme mariée de 44 ans et une autre de 36 avaient formulé au début de l'évolution le désir d'une mort assistée, qui ne fut jamais renouvelée jusqu'à la fin de l'évolution. L'auteur attribue ce changement d'attitude, entre autres facteurs, à l'attention, à l'amour manifesté par les proches et à la présence efficace de l'équipe médicale. » (voir l'article entier ici)

La vie après la mort

Il semble qu'il y ait un lien paradoxal entre le fait de ne pas croire à une vie après la mort - la vie éternelle - et la pratique de l'euthanasie.

On a d'autant plus peur de la mort que l'on n'a pas d'espérance. Quand on croit au ciel, à la vie éternelle, au bonheur promis par Dieu, on cherche à aider le mourant à faire le grand passage - la Pâque.

La mort des autres me pose la question de ma propre mort. Cette question est insupportable, elle introduit une faille dans la fragile idée d'un bonheur limité à la vie terrestre. Il faut donc cacher la mort à celui qui va mourir, et ne pas voir la mort de l'autre, fut-ce mon père, ma femme, mon frère. Les médecins sont là pour ça.

Mais les médecins eux aussi ne veulent plus voir la mort; eux aussi sont vulnérables. Alors c'est tout un complot pour dire que la vie n'a plus de sens, et que les souffrances ne peuvent être atténuées que par la mort. Une mort que l'on programme dans le sommeil du patient, avant de fermer la porte de la chambre le soir.

Ne vaudrait-il pas mieux refuser cette « culture de la mort » et chercher les chemins de l'Espérance? Les chrétiens, hélas, ne sont sans doute pas meilleurs que les autres. Ils ont pourtant, face à la mort, un témoignage qui ouvre l'horizon leur foi en la vie éternelle fondée sur la résurrection du Christ. ( Voir LA VIE APRÈS LA MORT )

Hervé Marie CATTA


* Journal quotidien Le Figaro, 21 septembre 1998.