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Les preuves de l'évolution

textes parus dans la revue France Catholique du 30/04/99


Introduction

1Le premier argument des évolutionnistes : la classification des espèces

2 Le deuxième argument évolutif : l’argument de Darwin ou l’argument géographique

3 Le troisième argument : les croisements entre espèces

4Les arguments de la paléontologie et les discussions qui les accompagnent

5L’anatomie comparée

6La biologie moléculaire

7Autres arguments

8Le caractère particulier des preuves de l’évolution



Il paraît périodiquement des articles ou des livres qui prétendent démontrer que l'idée de l'évolution biologique est une invention des scientifiques. Des milieux chrétiens "fondamentalistes" sont friands de cette littérature qui leur semble une défense de la Bible.
Une telle attitude est certes touchante mais terriblement maladroite et "contre-productive". Comme nous pensons, pour notre part, que la science n'est pas contradictoire avec la foi, nous avons demandé au professeur Michel Delsol, un ami de France Catholique depuis toujours - docteur es-sciences et en philosophie, il est directeur honoraire à l'Ecole pratique des Hautes Etudes à Paris et a enseigné à l'Université catholique de Lyon - de mettre à la portée de tous les preuves scientifiques de l'évolution.
Il a accepté de le faire avec la collaboration du professeur Jean-Pierre Parent, docteur es-sciences, à la Faculté Catholique de Lille et de Jeanine Flatin, docteur d'Université. Nous prolongerons ce débat dans un numéro de la revue "Résurrection" et par un colloque à Paris au cours du dernier week-end de septembre prochain.


Chacun sait que le monde vivant est constitué d’êtres qui souvent se ressemblent par groupe et que l’on rassemble alors en espèces : le loup, le chien, le lapin, le rat, etc. On croit aussi qu’elles ne se croisent pas entre elles, ce qui est faux, on le verra plus loin.

Après Aristote, c’est le suédois Linné qui entreprend, au XVIIe siècle seulement, une première classification méthodique de ces espèces. Il croyait qu’en consacrant toute sa vie à cette œuvre, il décrirait le total des espèces qui peuplent le monde. Il pensait qu’elles avaient toutes été créées individuellement par Dieu, qu’il arriverait à les décrire toutes, et que, dans son esprit, il retrouverait ainsi le plan divin de la création. A sa mort il avait décrit moins de 20.000 espèces, mais l’on commençait à comprendre dans le milieu des naturalistes de ce temps que leur nombre restait beaucoup plus grand que ce que l’on avait pensé. Des premiers grands voyages d’exploration les navigateurs avaient ramené de plusieurs régions du monde des milliers d’espèces encore inconnues. Aujourd’hui on a décrit environ 2 millions d’espèces ; il en reste, disent certains auteurs, encore 30 millions à découvrir !

On s’aperçut que beaucoup d’espèces se ressemblaient et constituaient des ensembles qui, eux-mêmes parfois, se ressemblaient entre eux. On réunit alors certaines espèces en genres, des genres en familles, des familles en ordres, des ordres en classes, etc. Nous simplifions à l’extrême cette classification.

Or, à la fin du XVIIIe siècle, le Français Lamarck commença à s’apercevoir que les premiers essais de classement de ces ensembles ne donnaient pas l’image d’une classification par tiroir, mais plutôt l’image d’une classification généalogique, et il suggéra, pour la première fois en 1800, que les espèces vivantes n’avaient pas été créées en 6 jours, mais s’étaient constituées sur la planète peu à peu par voie d’évolution, les formes les plus simples jusqu’aux êtres les plus complexes. Lamarck n’avait pas parfaitement compris le système de l’évolution, mais l’idée du transformisme était lancée.

On entend dire couramment dans le milieu scientifique que le phénomène de l’évolution est tellement bien démontré, que l’on peut le considérer comme un fait. C’est exact, mais très souvent on comprend mal le système de preuve que les biologistes ont bâti pour cela. Nous allons le résumer. Nous verrons que c’est une preuve par accumulation de faits.


1Le premier argument des évolutionnistes : la classification des espèces

L’aspect généalogique de notre classification n’est pas dû à des observations sommaires. D’immenses laboratoires de muséums se sont attachés à la description des espèces. Les faunes et les flores sont des traités gigantesques. On estimait par exemple que les insectes du groupe des Diptères (mouches, moustiques), représentaient environ 100 000 espèces connues lorsque fut publié le tome du Traité de Zoologie, sur ce sujet, en 1951.
A mesure que progressait l’inventaire de la faune et de la flore du monde, et que l’on essayait de les classer, on confirma la première idée de Lamarck. On reconnut que ces espèces étaient liées l’une à l’autre et se classaient progressivement de l’une vers l’autre, comme si elles s’étaient construites progressivement. C’était une généalogie broussailleuse où tout partait en tout sens, mais où l’on reconnaissait sans conteste un arbre que nous avons dénommé arbre phylogénique. On fait toujours des thèses sur ces sujets.

A mesure que progressait l’inventaire de la faune et de la flore du monde, on confirma la première idée de Lamarck
Ainsi la première conception de l’évolution biologique vint à l’esprit des chercheurs directement à partir de la vision de la classification issue de l’ensemble du monde vivant.
D’abord, on comprit qu’à l’intérieur d’un même ensemble, genre, famille, ordre, classe, il y avait une évolution. Dans l’ordre des papillons par exemple, il y a des familles primitives et évoluées. Plusieurs des plus anciennes formées ont survécu avec quelques modifications.

On s’aperçut que les caractères morphologiques ou anatomiques que l’on avait attribués, en une première approximation, à un groupe, une famille ou une classe y apparaissaient seulement peu à peu .
On dit couramment que les Mammifères sont caractérisés entre autre par la présence de poils, l’homéothermie, la constitution de leurs petits dans un utérus, un gros cerveau très contourné, etc.

Tout ceci représente la tendance de la lignée et non pas les caractères de tous les animaux de la lignée. Ainsi, pour la taille du cerveau, les Mammifères primitifs ont un cerveau qui n’est pas plus gros que celui des Reptiles dont ils sont issus. Il existe des marsupiaux, groupe très proche des vrais Mammifères , qui ont à peu près exactement la taille d’un chat, mais leur cerveau n’atteint pas le dixième du volume du cerveau du chat. De même le cerveau des Mammifères primitifs est beaucoup plus lisse que celui des Mammifères évolués.

De même les ornithorynques et les échidnés, encore très proches des Mammifères vrais, ont aussi des squelettes encore semblables à ceux des Reptiles et pondent des œufs, comme ces derniers. Comme de ces œufs il sort des animaux qui se nourrissent en léchant dans la région des glandes mammaires un liquide intermédiaire entre la sueur et le lait, et, comme ils ont des poils, on les maintint chez les Mammifères au sens large.

Souvent les classifications furent bousculées. L’ordre des Batraciens urodèles, Batraciens avec queue (salamandre), fut à une époque divisé en deux ordres différents puis ramené à un seul. On a souvent considéré un ensemble comme espèce puis comme sous-espèce et inversement.

Il arriva que dans un ordre défini par un classificateur, les familles les plus primitives de l’ordre s’avèrent si proches de l’ordre voisin dont elles paraissent descendre, qu’un autre classificateur travaillant ces questions, estima qu’il était plus logique de les ranger dans cet ordre voisin. Les papillons sont divisés en 16 super-familles. On a de nombreuses raisons de penser que le groupe s’est constitué à partir d’un ordre voisin, les Trichoptères, beaucoup moins connu et qui n’a pas de nom vulgaire. Or, la famille la plus primitive des papillons, les Micropterygidae, est tellement proche des Trichoptères, que certains auteurs ont préféré les ranger dans ce dernier ordre. Qui plus est, une autre super famille voisine des Micropterygidae présente encore de nombreux traits de Trichoptères. Les changements des Trichoptères aux papillons sont pourtant très importants, ils portent sur plusieurs traits d’anatomie, on en connaît très bien les intermédiaires par chance actuellement encore vivants.

Les espèces [...] formées, de proche en proche, par voie d'évolution, et non comme si elles avaient été créées au hasard
Il arrive parfois, chez les insectes, surtout chez les coléoptères par exemple dont on connaît trois cent mille espèces, que les classificateurs ne distinguent deux espèces que par une forte touffe de poils ou en comptant des poils géants ou des épines sur des pattes. Chez ces animaux on ne connaît aucun autre caractère pour les distinguer. La différence entre ces deux espèces à un détail près fait penser qu’elle est due à un très petit nombre de mutations.

Certains des auteurs qui ont critiqué l’évolution ont dit que si l’on alignait des tables et des guéridons, on pourrait suivre leur transformation et passer lentement de l’un à l’autre sans que cela prouve qu’ils descendent l’un de l’autre. Mais les meubles ne se reproduisent pas, ils ne fabriquent pas de descendants. Les animaux se reproduisent, et, qui plus est, avec de petits changements, les mutations, souvent très dangereuses, mais parfois très utiles pour leur survie. Les arguments critiquant la possibilité évolutive de ces mutations date de 1930, 1935. Ces auteurs critiques de l’évolution recopient des livres qui datent de cette époque et ont souvent 50 à 100 ans de retard sur la connaissance scientifique actuelle.

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2 Le deuxième argument évolutif : l’argument de Darwin ou l’argument géographique

Plusieurs faits doivent être cités. En 1859, Darwin publie l’origine des espèces. Parti comme naturaliste sur un navire qu’il rendra célèbre, le Beagle, il devait étudier les espèces des pays visités. Il étudia les îles Galapagos issues d’éruptions volcaniques sous-marines il y a quelques millions d’années. Lors de leur constitution il ne pouvait y avoir aucune espèce vivante. Il serait simpliste de penser qu’après la formation de ces îles, le Créateur soit venu une nouvelle fois créer des espèces sur une terre vierge, et les aurait créées très proches de celles du continent. Il était au contraire logique de penser que ces nouvelles espèces étaient venues du continent voisin, et Darwin remarqua qu’elles ressemblaient curieusement à celles de ce continent : l’Amérique du Sud. Il comprit qu’elles étaient arrivées sur ces îles sans doute en très petit nombre, à l’occasion peut-être de tornades exceptionnelles, et qu’elles avaient subi ensuite peu à peu de petites transformations héréditaires qu’elle n’avaient pas pu échanger, par croisement, avec leurs sœurs du continent puisqu’elles ne pouvaient plus se croiser qu’entre elles. Des changements un peu différents s’étaient en même temps produits aussi sur le continent. Les deux lots de sujets étaient donc devenus peu à peu différents. Darwin pensa que ce mécanisme de l’isolement géographiques, et donc sexuel, avec des petits changements dans les 2 lots des sujets séparés, était à la base de l’évolution et en même temps en démontrait la réalité. Dans les décennies qui suivirent, de tels faits furent établis sur la planète tout entière.

Un cas très curieux est à citer. On sait par la géologie que l’isthme de Panama est très récent. Il y a dix millions d’années il y avait à sa place une mer immense. A cette époque elle était peuplée d’espèces qui se croisaient entre elles directement ou indirectement. L’isthme s’est constitué il y a 7 millions d’années environ. Or, aujourd’hui on constate que de chaque côté il y a des centaines d’espèces (600 poissons, par exemple) qui sont différentes, mais voisines deux à deux. D’un côté on trouve a,b,c,d ; de l’autre a’,b’,c’,d’. Cela ne peut s’expliquer que par le fait qu’avant la formation de l’isthme il y avait dans l’océan des espèces A,B,C,D qui ensuite se sont transformées différemment en donnant d’un côté a,b,c,d, et de l’autre a’,b’,c’,d’, etc.

En somme les espèces changent peu à peu comme les langues

Un autre argument géographique est très curieux. On s’aperçut que la répartition des espèces sur la terre ne paraissait pas s’être réalisée au hasard. Les espèces morphologiquement voisines étaient toujours aussi géographiquement voisines, mais presque toujours séparées l’une de l’autre par un large fleuve, une forêt, un désert. On pense qu’un petit lot a franchi, à une certaine époque, cette séparation, pour aller fonder une colonie nouvelle de l’autre côté, et s’y est un peu modifiée. En somme tout paraît s’être passé comme aux Galapagos

Il y eut même une observation réalisée sur les diverses espèces d’un genre végétal, les Crepis (pissenlits). Une espèce originelle de ce genre paraît s’être formée au Nord de l’Inde, en Asie centrale, et elle a envoyé des migrants, sans doute grâce à des graines transportées par le vent, à travers le monde entier. Les diverses espèces de cet ensemble ont suivi plusieurs trajets migratoires qui ont pu être reconnus, et il s’est formé des espèces, de place en place, par l’isolement de populations. Chaque lignée de migration a été suivie étape par étape vers l’Afrique, l’Europe et d’autres régions de l’Asie.

Dans quelques cas, la règle qui suggère que les espèces voisines sont aussi géographiquement voisines a pu être perturbée. Dans ces cas, il s’est avéré que cette apparente anomalie avait une raison logique souvent due à la dérive des continents. Il y a des espèces de type marsupial, c’est-à-dire portant leurs petits dans des poches ventrales, en Australie et en Amérique du Sud. C’est trop loin ! Or, on a démontré que l’Amérique du Sud, le Continent Antarctique, actuellement sous les glaces, et l’Australie, constituaient il y a 60 millions d’années une même bande de terre qui s’est cassée par la suite en trois portions. On a donc supposé que les marsupiaux déjà présents avant la cassure sur la bande de terre originelle avaient survécu dans les régions maintenant très éloignées et disparu au pôle Sud à cause du climat. La preuve de cette théorie a été réalisée au début des années 80. A ce moment, avec des fouilles, on a découvert des fossiles de marsupiaux dans les régions antarctiques, une île isolée de ce continent et dégelée l’été.

On peut donc dire que l’étude géographique de la répartition des animaux sur la terre démontre que les espèces ont apparu sur notre planète comme si elles s’étaient formées, de proche en proche, par voie d’évolution et non pas comme si elles avaient été créées au hasard. Evidemment, le Créateur aurait pu s’amuser à cet exercice d’imitation de l’évolution, mais on ne voit pas la raison de cet acte de contrefaçon.

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3
- Le troisième argument : les croisements entre espèces

On croit en général que les espèces ne se croisent pas. A première vue c’est exact, mais en réalité beaucoup d’espèces très voisines se croisent, et de plus, contrairement à ce que l’on croit aussi, elles donnent des descendants parfaitement fertiles et parfois de belles lignées d’intermédiaires qui peuvent aboutir à des espèces nouvelles. On a, en botanique des milliers d’exemples de ces faits. Autour du pôle Nord, les goélands d’espèces différentes se croisent de l’une à l’autre en allant de l’Angleterre vers l’Amérique à travers la Sibérie : A se croise avec B, B se croise avec C, C avec D, mais D ne se croise pas avec A. Nous simplifions ce schéma à l’extrême.

En somme les espèces changent peu à peu comme les langues. Les Français du Canada et de France se sont isolés il y a 250 ans. Il est apparu dans chaque pays des idiomes, des mots nouveaux, des accents qui font que, aujourd’hui les deux langues diffèrent un peu. Si les voyages fréquents aujourd’hui n’avaient pas à nouveau malaxé les deux pays, on peut gager que dans mille ans le français et le québécois seraient devenus deux langues. Les espèces évoluent de la même façon, mais par petites mutations. Les plus voisines se croisent encore longtemps. Les plus éloignées se croisent plus difficilement, les très éloignées ne se croisent plus du tout. On possède des centaines d’observations de tels phénomènes qui sont le fruit de travaux considérables. Certains chercheurs y ont consacré leur vie.
Il y a corrélations entre la place d’un fossile dans le temps et la situation qu’il doit occuper dans l’histoire de la vie

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4Les arguments de la paléontologie et les discussions qui les accompagnent

Le rôle qu’a joué la paléontologie dans l’étude des preuves de l’évolution a été très important. Cependant, souvent les auteurs ne comprennent pas exactement les divers aspects de ce rôle. Il est triple.
La paléontologie a d’abord servi à compléter les lacunes souvent vastes que nous offre la zoologie des espèces actuelles. Elle nous a permis ainsi de mieux bâtir nos phylogenèses, de mieux les comprendre. On avait soupçonné que les Oiseaux descendaient des Reptiles, puis on découvrit un fossile intermédiaire : l’Archéoptéryx datant de 140 millions d’années. Depuis, on possède cinq autres Archéoptéryx, mais surtout on a trouvé d’autres fossiles plus récents qui sont encore en partie oiseaux, en partie reptiles, mais qui peu à peu se dirigent vers le stade oiseaux. On possède près de 500 de ces squelettes, il est vrai souvent très incomplets.

Le passage des Reptiles aux Mammifères est l’un des meilleurs que l’on connaisse sur la base des seuls fossiles, à partir d’un groupe bien précis. Le paléontologiste Kemp a pu en établir presque toute la série. Il en est de même pour le passage des Poissons aux Batraciens. On pourrait citer beaucoup d’autres exemples de passages entre groupes, notamment des ammonites (mollusques), dont les coquilles se conservent très bien.

Tout ceci a confirmé l’idée que les séparations entre deux grands groupes sont artificielles et seulement dues au manque de documents. La paléontologie complète souvent la zoologie.

Dans certains cas, en suivant des couches fossilifères accumulées au cours des âges, on a pu suivre des séries fossiles, espèce par espèce, et voir comment celles-ci passaient de l’un à l’autre. Les travaux les plus précis en cette matière sont venus des biostatigraphes travaillant sur certains mollusques, les céphalopodes, qui sécrètent une coquille externe se fossilisant très bien.

Le paléontologue français, Jean-Louis Dommergues, travaillait au Portugal sur une falaise qui s’était inclinée sur la mer, de telle sorte qu’il n’avait pas besoin de faire de l’alpinisme pour étudier la répartition des couches, et pouvait seulement se déplacer sur la plage. Il fit des récoltes complètes de tous les fossiles des mollusques qu’il étudiait sur 30 mètres d’épaisseur, ce qui correspondait, à cet endroit, à environ un million d’années de dépôt. Dans ces 30 mètres, il a suivi 7 (ou 9) espèces d’ammonites qui se succédaient par petites modifications successives normalement très petites au moment de la séparation, et donc presque artificielles. Elles augmentent avec le temps. A un certain moment l’ornementation est formée de gros tubercules. Ensuite tous les tubercules s’allongent. Entre les deux il est difficile de décider. Précisons bien qu’une telle étude réalisée couche par couche demande un travail de plusieurs années, ce fut pour Dommergues une thèse d’Etat qui dura 6 ou 7 ans pendant lesquels il ne fit que cela... Il faut préciser d’autre part que les points où l’auteur fixe la fin d’une espèce et le début d’une autre étaient totalement arbitraires. Ils l’étaient tellement que Dommergues et son maître de thèse, Mouterde, n’étaient pas toujours d’accord pour savoir où ils devaient situer leur coupure. Celle-ci était conventionnelle.

Cette remarque est importante car elle confirme ce qu’ont pu voir les zoologistes qui ont, toute leur vie, classé des espèces et qui ont suivi sur le terrain les modifications de ces espèces d’une région à l’autre.

La biochimie est venue depuis peu confirmer tous les faits déjà vus
La comparaison entre les observations des zoologistes et des paléontologistes amène l’idée que dans la nature les espèces ne sont pas séparées par des coupures brusques, mais se sont constituées au contraire par des flux d’individus qui vont d’une espèce à une autre. Ces flux se divisent en branches que nous ne pouvons voir que dans des cas exceptionnels. Plus ou moins longtemps après le début d’une division, les deux branches qui n’en constituaient qu’une seule avant l’embranchement, deviennent parfois vite, parfois en un million d’années, par exemple, deux espèces différentes. Le naturaliste classificateur décrit, ou bien des sujets qui appartiennent au même flux et les considèrent comme de la même espèce, ou bien des sujets qui proviennent de deux branches séparées depuis plus ou moins longtemps, et les considèrent alors comme deux espèces différentes. Il y a sur ces sujets la discussion des ponctualistes et des gradualistes. Elle est trop complexe pour notre étude.
En somme, on peut dire aujourd’hui que la séparation des espèces est toujours à ses débuts arbitraire. La paléontologie a encore rejoint la zoologie ! Et rappelons que l’on a démontré aussi que le passage d’un grand groupe à un autre se réalisait espèce par espèce. L’image que nous avons de l’évolution est donc un immense continuum.

On a beaucoup écrit aussi que la paléontologie avait permis de dater l’apparition des espèces. On s’était basé pour cela sur le fait que les fossiles se trouvent à peu près à l’endroit où ils sont morts, et que les fossiles se sont entassés au cours des âges en formant des couches qui correspondent à une époque déterminée. Un auteur récent, qui n’est pas paléontologiste de métier, a critiqué cette thèse avec des expériences extrêmement sommaires. Les faits décrits étaient exacts, mais leur généralisation naïve, et en outre la critique qu’il adresse à la paléontologie est connue et a été étudiée depuis longtemps. On a critiqué parfois les paléontologistes en disant par exemple que les laves de volcan constituaient des couches en quelques heures. Il faut être sot pour penser qu’ils ignorent cela.

Il est évident que, malgré toutes les difficultés que l’on connaît, en matière de datation, celles-ci confirment encore la thèse évolutionniste car, malgré divers approximations, les fossiles se sont toujours situés à peu près au rendez-vous du calcul, c’est-à-dire à l’époque où normalement ils devaient apparaître. Il y a bien corrélations entre la place d’un fossile dans le temps et la situation qu’il doit occuper dans l’histoire de la vie. Ainsi, on n’a jamais trouvé de Mammifères au Cambrien .
Le seul problème que l’on a eu en cette matière réside dans le fait que très souvent on a trouvé des formes à des dates plus anciennes que celle où l’on croyait qu’elles avaient apparu, mais ceci nous a simplement amené à rendre plus longue l’histoire du groupe pour lequel ceci est arrivé. Ainsi, on sait depuis peu de temps que de petits Mammifères existaient déjà au milieu du Secondaire.
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5L’anatomie comparée

En travaillant cette même zoologie, mais en disséquant les espèces et en comparant leurs organes, on a réalisé depuis deux siècles une anatomie comparative des structures qui constituent chaque espèce.
Avec ce procédé, on a pu reconstruire la généalogie des organes indépendamment les uns des autres.
On s’aperçoit alors que ces généalogies, celle du rein, du système circulatoire du cerveau, du poumon, de l’intestin, de chaque partie du squelette, etc., se correspondent exactement ou surtout ne sont jamais contradictoires l’une par rapport à l’autre, ni contradictoires avec les philogenèses que l’on a construit avec la morphologie comparée des espèces.
L’anatomie comparée confirme donc ce qui avait été vu par les premières classifications évidemment moins précises.
Nous ne pouvons pas insister davantage sur cette question, bien qu’elle ait été l’objet de travaux gigantesques.
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6La biologie moléculaire

La biochimie est venue depuis peu confirmer tous les faits déjà vus. Avec la zoologie, l’anatomie comparée, la paléontologie, on voyait des organes constitués. L’étude biochimique des gènes et des protéines permet d’étudier non plus les objets fabriqués, les êtres finis en quelque sorte, mais le système qui joue en même temps le rôle de plan et qui commande, suivant ce plan, la fabrication de l’être fini. Ces méthodes malheureusement coûtent cher et demandent beaucoup de personnel de laboratoire, et de matériel, notamment de l’informatique. Aussi les premiers “ sondages ” donnés par ces méthodes et réalisés sur très peu de molécules donnèrent des résultats aberrants. Les anti-évolutionnistes crurent qu’ils avaient enfin trouvé un fait qui contredirait les thèses sur l’évolution. Avec des sondages plus importants, la situation s’est retournée et, comme l’écrit dans Pour la Science, Hervé Philippe, en citant une étude sur les Cétacés et les Ruminants : “Des analyses plus extrémistes utilisant un plus grand nombre d’espèces et plus de gènes donnent des résultats plus cohérents : les Cétacés seraient proches parents de l’Hippopotame auquel ils ressemblent d’ailleurs par de nombreux caractères !” D’autres travaux confirment maintenant que lorsque les recherches de ce type portent sur de nombreux gènes elles sont en accord avec nos phylogenèses.
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7Autres arguments

Nous avons cité ici les arguments les plus classiques en faveur de l’évolution. Il y en a d’autres : l’embryologie qui nous montre que les espèces se construisent en recopiant très approximativement et sommairement leur histoire, la physiologie comparée des êtres vivants nous donne des physiologies qui se suivent avec des systèmes physiologiques intermédiaires, etc.
En fin il faudrait ajouter que l’on sait aujourd’hui fabriquer des espèces nouvelles de type polyploïde (dédoublement du nombre de chromosomes). Elles sont tellement vivaces que les horticulteurs en les sélectionnant en utilisent certaines. Enfin, après la découverte du Nouveau Monde, on a vu en 150 ans un fait tout à fait exceptionnel, il s’est constitué une espèce nouvelle, parasite du pommier, introduite par les Européens (Rhagoletis pomonela)
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8Le caractère particulier des preuves de l’évolution

En fait, le phénomène de l’évolution est devenu aujourd’hui, pour tout biologiste, la seule explication possible du monde vivant, mais les preuves de l’évolution ne ressemblent pas aux arguments que l’on utilise en général dans les sciences.
En mathématiques, on démontre les faits par un système de déduction qui part d’un ensemble de postulats et d’axiomes. En physiologie, lorsque l’on veut savoir à quoi sert un organe, on l’enlève.

Ici, nous avons accumulé un certain nombre d’arguments qui se sont construits depuis deux siècles environ dans des laboratoires de zoologie, d’anatomie, de paléontologie, de biochimie, de physiologie, etc. Cette série de faits, venant souvent de disciplines très diverses, a permis aux évolutionnistes un type de preuve souvent peu rencontré : une preuve par accumulation de faits, que nous avons appelée : un effet de puzzle.

Ici comme dans un puzzle, on reconnaît que deux pièces s’enchaînent l’une à l’autre pour deux raisons : d’abord, elles ont un engrenage géométrique correct avec les pièces voisines. Ensuite, l’image qu’elles donnent paraît s’ajuster parfaitement avec les images de ces mêmes pièces voisines. C’est seulement après un long travail que le dessin d’ensemble apparaîtra, on commencera par le deviner approximativement, puis il viendra un moment où, même si le puzzle n’est pas achevé, on devinera ce dessin d’ensemble : une maison située au milieu d’un bois par exemple.

Ici, on a prouvé l’évolution en accumulant des faits pendant deux siècles et en rassemblant les pièces d’un puzzle qui a été le fruit du travail de milliers de chercheurs qui, dans tous les pays du monde, ont travaillé ces questions.
On démontre un théorème de mathématique en quelques minutes ; les cours que l’on devrait consacrer aux preuves de l’évolution devant des étudiants en biologie demanderaient de longues heures. En fait, en général, le professeur aligne ces preuves tout au long des cours qu’il effectue sur d’autres sujets, dans certains certificats spécialisés de zoologie ou d'anatomie comparée, par exemple. C’est de la naïveté intellectuelle que de vouloir discuter de ces questions sans avoir passé des années à étudier ces disciplines.

C’est sans doute pour cette raison que l’on voit souvent des scientifiques qui n’ont pas étudié le problème de l’évolution, des mathématiciens, par exemple, ne pas les comprendre et voire même ne pas y croire.

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textes parus dans la revue France Catholique du 30/04/99

Poursuivons le débat
Le texte qu'on vient de lire sur les preuves de l'évolution, n'épuise évidemment pas la question. La revue Résurrection accueillera à nouveau le professeur Delsol et son équipe dans un numéro consacré aux mécanismes de l’évolution (la théorie synthétique) et aux fausses conceptions issues des idées sur l’évolution. Numéro à commander dès aujourd'hui en joignant un chèque de 90 F, à l'ordre de Résurrection, 2, place du Louvre 75001 Paris.

Lire aussi : L’Église et l’évolution, Message du pape Jean Paul II à l’Académie Pontificale des sciences