Lettre de Bethléem

 

 

13 mai au matin…

Je ne peux pas m'empêcher d'écrire ces quelques lignes après la joie vécue à Bethléem hier : ouverte depuis la veille, la ville close de 40 jours, déserte et sans vie, était ce dimanche 12 mai au comble de l'effervescence. On avait rarement vu autant de monde un dimanche ordinaire sur la place de la Nativité. Conviés par la Custode de Terre Sainte, le Père Giovani Battistelli, à une eucharistie présidée par S.E. le Cardinal Roger Etchegaray, les chrétiens ont célébré une eucharistie d'action de grâce et pour la Paix encore à construire, au rythme des chants et musiques des jeunes Bethléémites qui animent d'ordinaire cette messe dominicale de 11h00 en l'église Sainte Catherine.

L'homélie, que le Cardinal a choisi de commencer par un cri de résurrection, ALLLELUIA, fut prononcée en français, traduite en arabe. Cet Alléluia fut aussitôt repris par la foule, puis par la chorale qui a entonné de nouveau le chant d'acclamation de l'Evangile. Pendant 3 bonnes minutes, la basilique fut remplie de ce chant de joie spontané et vrai : Bethléem est ressuscité… Cette spontanéité fut vraiment présente tout au long de la célébration; très appréciée de tous, elle témoignait non seulement de la joie humaine des habitants heureux de retrouver leur église et leurs connaissances, mais aussi de cette joie que nul ne peut nous ravir "C'était dur, m'avouait une dame de la paroisse, car tout a commencé le dimanche de Pâques, avec la joie de Jésus ressuscité, et en moi, c'était comme si cette joie était morte… Aujourd'hui, je l'ai retrouvée !"

Mgr Etchegaray rappelait qu'en "cette ville où Dieu s'est fait homme, le Christ vient lui-même donner un nouveau départ à la Paix, ici et dans toute la Terre Sainte". Il a remercié les Communautés Grecques Orthodoxes, Arméniennes Orthodoxes et Franciscaines pour le témoignage à l'amour de Dieu rendu au milieu de tant de souffrances. Il n'a pas omis de remercier ceux qui, de près ou de loin (il s'agit de vous !) ont apporté soutient et réconfort aux habitants de Bethléem et environs.

Nous fûmes surpris de retrouver la basilique orthodoxe pratiquement indemne (suite à ce que nous avions pu entendre de détériorations opérées). Deux impacts de balles sur une mosaïque, quelques vitres cassées. Par contre, les couvents et habitations attenants, ainsi que la ville ont gardé des marques de violents combats : bâtiments écroulés, carcasses de voitures brûlées, rue défoncées par le passage des chars….

Certaines écoles ont repris la classe samedi, d'autre aujourd'hui, l'université mercredi ; la vie reprend petit à petit avec des gens affaiblis par ce temps de "prison dans leur maison" mais courageux et voulant plus que jamais travailler à la paix : "nous sommes vivants, c'est l'essentiel, maintenant il nous faut trouver un chemin pour une PAIX durable!"

Retrouver les amis après tout ce temps où le contact avec eux, même téléphonique, n'était pas toujours facile, fut une réelle joie; ils racontaient volontiers leur "temps de guerre", en déplorant et pleurant les victimes, mais résolument tournés vers l'avenir. Ils redisaient avec leur mots ce que le Cardinal prêchait le matin : "l'heureuse issue que nous fêtons doit stimuler la PAIX dans toute la Terre du Christ(*). Tout dans la justice et le dialogue, rien dans la violence."

Salam de Bethléem !

Catherine